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  • L'amour du risque

    Depuis quelques années, la question du risque est devenue un sujet crucial. Lundi dernier, j'ai participé à un colloque à Lille lors duquel un intervenant s'est intéressé à ce risque qui nous obsède tant. Selon lui, celui-ci entache en effet notre horizon et a un impact démesuré sur notre manière de percevoir le monde. Bien sûr, les scientifiques portent une part de responsabilité dans l'affaire, dans le sens où ils exposent en permanence la multitude de risques qui pèsent sur nos frêles épaules. Selon eux, on court un risque dès qu'on avale des aliments gorgés de produits chimiques, dès qu'on s'encrasse les poumons en côtoyant les axes de circulation, dès qu'on consomme un produit Monsanto ou qu'on croise un moustique porteur de Zika... Le risque est partout. Cette obsession est telle que nous nous retrouvons souvent paralysés face aux risques, qu'il soit question de Brexit ou d'un scénario grec pour la France. Nous évoluons dans un monde qui voit des risques à chaque coin de rue, ce qui nous empêche d'avancer. Car cette estimation subjective des risques restreint bien sûr pas mal la liberté de mouvement des autorités, étant donné qu'elles doivent faire avec une population qui souhaite un monde au risque zéro. Tous les risques doivent être bannis, que ce soit pour les travailleurs, les personnes âgées, ou même les animaux. Pour tous ceux-là et pour tous les autres, un même objectif: le risque zéro, quel que soit le prix. Cependant, il faut comprendre qu'un monde dénué de risque est aussi irréaliste que pernicieux. Car le risque fait partie intégrante de notre ADN. Si nos aïeux n'avaient pas pris de sacrés risques, nous vivrions encore en troglodytes. Chuck Yeager était bien conscient de prendre un risque quand il a décidé de dépasser le mur du son. Dans toute activité humaine, il ne peut y avoir de progrès s'il n'y a personne pour prendre de risques. J'ai été très intéressé par les propos tenus pendant ce colloque, car l'intervenant livrait une des clefs pour expliquer pourquoi notre pays est actuellement bloqué dans tous les domaines. Nous avons tout simplement perdu le goût du risque. Plus d'information est disponible sur le site de l'organisateur de ce séminaire entreprise à Lille. Cliquez sur le lien.

  • Mieux éclairer la stratégie énergétique

    Le caractère peu intégré de la gouvernance des politiques de soutien aux EnR nuit à la cohérence de la stratégie énergétique nationale. Les structures intervenant dans le champ des EnR et celles intervenant dans les autres champs de la politique énergétique, notamment le nucléaire, fonctionnent en silo. Cette étanchéité contrarie l’émergence d’une vision consolidée sur ces sujets dont l’articulation est pourtant essentielle à la cohérence de la politique énergétique. En matière de gouvernance, les questions relatives à la production nucléaire se traitent en dehors des instances de gouvernance précédemment citées ; la stratégie est arrêtée à haut niveau et en lien direct avec les grands énergéticiens. Ils émergent notamment au sein du conseil de politique nucléaire créé en 2008 et présidé par le Président de la République. Même au sein du champ des énergies renouvelables, une étanchéité existe entre les structures compétentes et les outils de financement dédiés aux EnR électriques (CRE, CSPE) et celles et ceux fléchés vers les EnR thermiques (ADEME, fonds chaleur). Parmi l’ensemble des structures précédemment citées, aucune n’est réellement en mesure d’éclairer le gouvernement sur l’ensemble des enjeux relatifs à l’avenir de la politique énergétique, y compris le nucléaire et la chaleur alors qu’il serait nécessaire de construire des scenarii comprenant les questions de réseaux et de stockage, des projections de coûts ou encore des analyses portant sur les problématiques industrielles associées au développement des EnR. Ce type d’instances de réflexion et d’aide à la décision existe pourtant dans d’autres secteurs de politiques publiques à l’image du conseil d’orientation des retraites (COR) opérant dans le champ social. Les enjeux liés à ces deux politiques publiques ne sont d’ailleurs pas si éloignés : enjeux financiers publics de long terme, multiplicité des parties prenantes, technicité de la réalisation de scenarii prospectifs, etc. La constitution d’un comité pérenne de concertation et de programmation de la politique énergétique apparaît donc souhaitable. Elle se réaliserait au travers d’une nécessaire rationalisation des structures déjà existantes. Cette nouvelle instance pourrait utilement opérer la synthèse de travaux réalisés par les différents opérateurs et structures intervenant dans le champ des EnR (ADEME, CRE, RTE, etc.) et associer en son sein des membres de l’administration et des industriels. Sa mise en place pourrait se faire selon des modalités différentes, en faisant évoluer le cas échéant les structures déjà existantes. Ainsi pourrait-il être envisagé d’élargir les missions et la composition du comité d’experts pour la transition énergétique et de le rattacher aux services du Premier ministre, ou d’étendre les missions du conseil de politique nucléaire aux énergies renouvelables pour faire émerger un véritable conseil de politique énergétique.